Cette chanson lui a été présentée durant l'année 1984 par deux auteurs et compositeurs qu'elle affectionne particulièrement: Michel Jouveaux et Jeff Barnel. Ces deux là, connaissent bien Dalida, l'artiste, la star aux 85 millions de disques vendus mais ils connaissent aussi et surtout la femme, l'écorchée, la mélancolique, la dame humble, parfois même effacée. Ces deux auteurs ont eu l'occasion de le prouver en 1983 en lui signant "Mourir sur scène", sa chanson testament dans laquelle elle s'adressait à la mort en lui posant quelques conditions à sa venue:
Quand le rideau un jour tombera, je veux qu'il tombe derrière moi
Viens, mais ne viens pas quand je serai seule
Moi qui ai tout choisi dans ma vie
Je veux choisir ma mort aussi
"Pour en arriver là" est une chanson que l'on pourrait qualifier de "sur mesure" pour Dalida. A l'image de "Une femme à 40 ans", "Partir ou mourir", "Il pleut sur Bruxelles", "Bravo", "Et, la vie continuera" ... cette chanson prenait en considération toute la dimension de l'artiste et de la femme. Une chanson aux sonorités graves, un texte qui exprime avec tant de justesse et de finesse sa vie, ses angoisses, ses pleurs et tout ce chemin parcouru pour "en arriver là" justement. La chanson est rapidement acceptée par Dalida qui veut absolument l'interpréter. A cette période de sa vie, c'est ce genre de chansons avec lequel elle souhaite renouer: des chansons brutes, sans concessions, que l'on interprète seule face à son public, debout devant un micro. La chanson est intégrée sur le 33 tours "Dali". Que dire de cette intégration dans ce "nouvel album" de l'artiste ? Évidemment, la volonté de Dalida ne sera pas tellement entendue et l'album ne consacrera pas une place de premier choix à cette chanson. Regrettable et consternant. L'album qui paraît aux éditions Carrère/International Show est déjà très surprenant s'agissant du visuel. Apparait en gros plan une "affreuse" Dalida: sourire figé, lunettes et manteau de fausse fourrure couleur jaune poussin, strabisme exacerbé ... Je ne comprends toujours pas comment elle même et son équipe, si scrupuleux de son image, ont pu laisser passer une telle photo pour illustrer la pochette d'un album. D'autant que cette séance photo, dans son intégralité, présentait d'autres photos bien plus jolies. Quant au contenu du disque, Orlando a misé sur les chansons "dans le vent", ce qui signifie, à cette époque, de nombreuses reprises. Le 45 tours, paru avant l'album, annonçait clairement la couleur ("Pour te dire je t'aime", reprise de "I just called to say I love you" de Steevie Wonder et "Kalimba de Luna" des Boney M et de Tony Esposito), l'album qui suit ne fait que confirmer les choses. De nombreuses reprises sont présentes, certaines sont pas mauvaises: "C'était mon ami" ("Baby, come to me" de Patty Austin et James Ingram), "Toutes ces heures loin de toi" ("Against all odds" de Phil Collins), d'autres assez consternantes: "Kalimba de luna" et "Pour te dire je t'aime". S'agissant des créations françaises et même si Dalida tente d'y mettre l'accent lors de son passage à l'émission de Sevran en 1984, il y en a peu. Barzotti lui signe "La pensione bianca", chanson mignonne mais très clichée sur l'Italie. Elle n'en fera pas un "Gigi" bis. Egalement, "Là où je t'aime", sympa mais un peu niaise. La présence du fameux "Soleil" qu'elle a chanté tout l'été. "Mon Italie" figure aussi dans cet album, une chanson de tango assez originale et sympathique à écouter. La très belle chanson "Une vie d'homme" est présente dans l'album aux influences de l'est. Puis "Pour en arriver là". Toutes les chansons ont été interprétées et présentées à la télévision sauf "Toutes ces heures loin de toi" et "Pour en arriver là". C'est bien dommage car ce sont davantage ces deux dernières qui auraient du être mises en lumière plutôt que l'effroyable "Kalimba de luna" dans lequel elle n'était pas très à l'aise et dont elle donnait l'impression qu'elle le supportait plutôt qu'elle l'interprétait.
Je ne peux être qu'en colère de savoir qu'elle n'ait pas eu le bonheur de pouvoir offrir à son public une version télévisée (en direct ou en play-back) de cette chanson si forte et surtout si valable. Elle en aurait fait quelque chose de grandiose et aurait été crédible. Cette crédibilité qu'elle avait su gagner à travers les années et qu'elle perdait les dernières années à cause de mauvais choix de chansons. Comment ne pas sourire légèrement quand on la voit onduler avec un danseur torse nu et sa flûte dans "Kalimba de luna" ? Comment ne pas trouver répétitif de la voir chanter (dans des tenues souvent rocambolesques en cuir) encore et encore "Pour te dire je t'aime" ? Ce petit trésor qu'est "Pour en arriver là", caché au fond de ce 33 tours, n'aura pas été découvert à temps. A t-on voulu le découvrir ? Est-ce que l'on a mis les moyens pour ? Certainement pas ? Là encore, Dalida s'est-elle imposée pour défendre ce titre ? On ne sait pas non plus. Toujours est-il que c'est triste de voir que ce titre ait été seulement mis en lumière après sa mort, faisant l'objet d'un clip fourre-tout et mal fait, réalisé par Orlando.
Vous allez me dire, le principal c'est de connaître la chanson et de savoir qu'elle existe. C'est vrai, le plus important c'est que Dalida ait pris du plaisir à l'enregistrer et à nous la présenter sur un album. Néanmoins, une chanson comme "Pour en arriver là" méritait largement une campagne de promotion et aurait du sortir dés 1984 en 45 tours. Dalida en aurait fait un succès à la manière de "Mourir sur scène" et aurait acquis davantage de respect vis à vis du public. C'est avec cette "race" de chansons qu'elle pouvait annoncer avec crédibilité son retour au tour de chant ...
... Ma Dali, on ne t'en veut pas ... Alors dans ces moments là, je préfère t'écouter chanter cette chanson qu'est "Pour en arriver là" et je me dis: "Heureusement que tu ais pris soin de retenir ce texte et de l'enregistrer".
